11 Juin 2011 – Ici l’article en italien – Mise à jour le 20 Juin 2026, cf. à la fin de l’article

Où TELT va-t-elle trouver de nouveaux financements pour éviter la suspension de ses activités ?

 

L’accord Turin-Lyon de 2012

L’Accord de 2012 entre l’Italie et la France a créé (cf. art. 6) la société franco-italienne TELT, promoteur public et pouvoir adjudicateur, chargée notamment de réaliser le tronçon transfrontalier de la deuxième ligne ferroviaire entre Turin et Lyon, d’une longueur de 65 km, comprenant un tunnel à deux tubes de 57,5 km, dont 12,5 km sur le territoire italien et 45 km sur le territoire français.

Le profil de TELT

TELT dispose de pouvoirs étendus et de grandes responsabilités ; voici un extrait de l’Accord de 2012 qui les décrit en résumé :« Le Promoteur public a qualité de gestionnaire de l’infrastructure et pourra déléguer tout ou partie des missions qu’il assure en cette qualité, en concluant des accords avec d’autres gestionnaires d’infrastructures des deux Etats. Il est seul responsable de la conclusion et du suivi de l’exécution des contrats que nécessitent la conception, la réalisation et l’exploitation de la section transfrontalière de l’ouvrage.  Il assure la direction stratégique et opérationnelle du projet. Il est responsable de sa bonne fin vis-à-vis des Parties et de l’Union européenne. Il assure la direction stratégique et opérationnelle du projet. Il est également compétent pour effectuer toute opération susceptible de faciliter ou de compléter la réalisation des missions énumérées ci-dessus. »

Sur son site, TELT affirme qu’elle « s’engage à respecter les accords internationaux et à réaliser l’infrastructure dans les délais prévus, dans le plein respect non seulement des normes de qualité les plus élevées, mais aussi de l’environnement et de la légalité. »

Si le pouvoir de TELT est quasi « infini », la communication à ses actionnaires (les contribuables) est « limitée » et se contente de présenter les faits comme des succès.

Ironiquement, l’acronyme TELT pourrait signifier « Taisez-vous Et Laissez-nous Trafiquer ».

Absence de rapports financiers

Alors que le site de TELT ne contient aucune trace des comptes obligatoires prévus par la loi, PresidioEuropa a publié tous les Comptes de LTF e TELT, après les avoir simplement demandés au tribunal de Chambéry

Les informations fournies par TELT concernant la hausse du coût des travaux, qui s’élève désormais à 16,1 miliards d’euros (soit une augmentation de 187 % par rapport au coût initial de 8,6 milliards d’euros), sont rares, voire inexistantes, on ne trouve aucune information concernant les rémunérations des dirigeants, les causes des retards d’au moins 5 ans dans l’exécution des travaux, les graves problèmes géologiques rencontrés lors des excavations, peut-être dus à une analyse géologique insuffisante, les blessés et morts au travail au travail, les dommages causés à l’environnement et la perte d’aquifères, les litiges avec les entreprises sous-traitantes, les négociations au sein de l’UE avec l’agence de financement CINEA pour éviter de perdre une partie des subventions en raison des retards, les dépenses colossales qui ne sont pas directement liées ou inhérentes aux travaux de construction du tunnel, telles que, par exemple, les innombrables activités de relations publiques.

Les médias reçoivent de TELT des informations confidentielles et rassurantes qui les amènent à présenter à leurs lecteurs le récit d’une entreprise qui avance avec assurance vers l’avenir, avec l’inauguration du tunnel en 2034 (il y a quelques années, celle-ci était prévue avec certitude pour 2029).

Une vision alternative

Pour notre part, nous nous permettons de douter fortement que cette prévision corresponde à la réalité. Les travaux sont financés avec une lenteur inhabituelle par l’Italie, la France et l’UE. Le dernier financement CEF2 de l’UE, d’un montant de 700 millions d’euros, a été versé en janvier 2024 et a engagé TELT à réaliser des travaux pour un montant de 1,4 milliard d’euros avant le 30 juin 2026.

Or, le CIPESS n’a débattu des récents financements du projet que le 29 avril 2026 (sans mentionner explicitement aucune référence européenne), tout en indiquant toutefois que les travaux s’achèveraient en 2023. Mais aucune nouvelle délibération du CIPESS n’a été approuvée à ce jour.

Nous savons que le prochain financement de l’UE pour le projet ne pourrait être disponible qu’au cours du second semestre 2028.

TELT indique que les travaux avancent normalement ; on peut donc considérer qu’elle aura réalisé, d’ici fin juin 2026, l’ensemble des travaux prévus par le dernier financement CEF2 de 700 millions d’euros.

Comment TELT trouvera-t-elle de nouveaux financements pour éviter la suspension de ses activités

En attendant que le Parlement européen approuve le budget de l’UE pour la période 2028-2034, du 1er juillet 2026 jusqu’au 30 juin 2028 au moins, TELT ne disposera d’aucun nouveau financement européen, une situation fâcheuse qui pourrait entraîner l’arrêt des chantiers et de l’activité même de TELT, qui ne dispose pas de fonds propres.

Afin de clarifier la situation, nous avons interrogé  TELT pour savoir comment elle comptait couvrir ses frais de fonctionnement et payer les entreprises sous-traitantes afin de leur permettre de poursuivre leurs activités après le 30 juin 2026. Vous trouverez ICI une analyse détaillée ainsi que la documentation correspondante.

La directrice générale adjointe Italie de TELT, Mme Manuela Rocca, déclare : « En réponse à votre demande, nous vous informons que, au cours des derniers mois, toutes les indications et précisions demandées ont été fournies en temps voulu, notamment en ce qui concerne le financement de l’ouvrage par les États et la Communauté européenne conformément aux traités et aux accords de subvention. Notre société considère ces précisions comme pleinement exhaustives. Compte tenu de ce qui précède, il n’y a pas d’autres éléments à ajouter. »

La réponse embarrassée de TELT n’indique pas explicitement quels seront les financements indispensables à l’avenir pour réaliser à 100 % le tunnel de base (… il n’y a pas d’autres éléments à ajouter…), mais seulement ceux obtenus à ce jour.

Elle semble en revanche évoquer la possibilité que, face à une baisse des fonds disponibles de l’UE, l’Italie, et peut-être aussi la France, fournissent les fonds conformément aux dispositions de l’article 17 de l’accord de 2012, en renonçant pour cette période, et peut-être à l’avenir, à une partie du cofinanceme nt de l’UE.

À ce propos, rappelons que l’ingénieure Manuela Rocca avait déclaré, dans une interview accordée le 21 novembre 2024 à PresidioEuropa, que “la contribution européenne peut réduire l’engagement des Etats, lorsqu’elle existe, mais n’est pas une condition nécessaire pour garantir la réalisation des travaux, et en application des accords, TELT se tourne vers les Etats pour couvrir les coûts de la phase de construction.”

Combien de milliards faut-il pour achever l’ouvrage, sauf imprévu ? Une hypothèse : 11,6 milliards

Si le coût total a été évalué à 16,1 milliards d’euros, et que les travaux réalisés au 30 juin 2026 sont estimés à 4,5 milliards d’euros (montant que nous pourrons vérifier en septembre 2026 dans le budget 2025), les ressources financières que l’Italie, la France et l’UE devront mettre à la disposition de TELT, indispensable pour mener à bien le projet, pourrait s’élever à au moins 11,6 milliards d’euros pour des travaux à réaliser en 7,5 ans, à raison de 1,54 milliard d’euros par an.

L’Italie et la France devront préciser si elles augmenteront leur contribution nationale

Compte tenu des difficultés financières croissantes de l’Union européenne, il est fort probable que l’Italie et la France doivent mettre la main à la poche ou reporter la date d’inauguration du projet.

Pour notre part, nous suggérons d’interrompre les travaux et d’utiliser la ligne existante.

Nous attendons des confirmations ou des démentis officiels de la part des gouvernements italien et français.

 

 Mise à jour le 20 Juin 2026

Voici une première réponse:

20 juin 2026 – France INFO Auvergne Rhone-Alpes

“Lyon-Turin : Il ne faut pas tout attendre des deniers publics – Elus et décideurs en quête de financements alternatifs”